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Prendre la mouche

Catherine: Sais-tu quel film français sorti en 1996 a reçu quatre Césars et a également été nommé à l'Oscar du meilleur film étranger ?
Guillaume: Il s’agit du film Ridicule, de Patrice Leconte. Ce film en costumes composé d'un casting de grands acteurs français et de dialogues très brillants s'est vite imposé comme un classique du cinéma français.
Catherine: En effet. Tu ne trouves pas, en le revoyant, que son sujet est extrêmement moderne ?
Guillaume: Si, c'est vrai. Il décrit le petit monde des aristocrates vivant à la Cour du roi Louis XVI, où la réputation et les apparences sont plus importantes que la valeur réelle des gens. Les courtisans qui se pressent autour du Roi se lancent à tout bout de champ des mots d'esprit, souvent très cruels, pour se ridiculiser les uns les autres.
Catherine: Il ne faut surtout pas prendre la mouche, mais au contraire répliquer avec toujours plus de sarcasme et de méchanceté.
Guillaume: Oui, car malheur à celui qui sera ridicule... Sa vie à la Cour sera terminée et il est même probable que sa famille tombe dans la pauvreté.
Catherine: Et à l'époque, les réseaux sociaux n'existaient pas ! Tout se passait dans l'ambiance feutrée des dîners, des salons et des antichambres...
Guillaume: Le film montre bien l'absurdité de ce mode de vie, d'autant plus que nous sommes à la veille de la Révolution... Les courtisans jouent un rôle qui devient de plus en plus caricatural, dans un monde qui est sur le point de disparaître.
Catherine: Ce qui est intéressant, c'est que le film suit le point de vue d'un jeune aristocrate qui au début ignore tout des usages de la Cour. Grégoire Ponceludon de Malavoy, joué par Charles Berling, arrive à Versailles porteur d'un projet visant à assécher les marais de la Dombes, qui provoquent des maladies et déciment les paysans vivant sur ses terres.
Guillaume: Ce qui est un projet important et humaniste.
Catherine: Tout à fait. Il espère pouvoir sensibiliser le Roi à cette cause, mais il réalise rapidement qu'en réalité, la seule chose qui compte à la Cour, c'est d'avoir la langue bien aiguisée...
Guillaume: L'ironie du film, c'est que Grégoire découvre qu'il excelle dans ce domaine. Plus d'une personne va d'ailleurs prendre la mouche devant son esprit brillant.
Catherine: Oui. Il va totalement jouer le jeu de la Cour, non parce qu'il l'aime, mais parce qu'il espère toujours que le Roi le recevra et l'aidera dans son projet. Mais devant sa réputation grandissante, les autres courtisans prennent la mouche et vont tout faire pour l'évincer en le rendant ridicule.
Guillaume: Ce qu'ils vont malheureusement parvenir à faire.
Catherine: Tu te souviens de la scène du bal ?
Guillaume: Oui, très bien.
Catherine: Tu as remarqué, les courtisans font référence à Voltaire et à son esprit. Seulement, ils oublient que Voltaire mettait son esprit au service des causes qu'il défendait et de ses idéaux humanistes. Il ne se moquait pas des gens juste pour le plaisir.
Guillaume: C'est pour ça que j'aime beaucoup la tirade de Grégoire, lorsqu'il comprend après le ridicule qu'il subit qu'il peut tirer un trait sur ses espoirs et qu'il ne pourra pas sauver ses paysans.
Catherine: Moi aussi. Il leur dit : « Vous enviez l'esprit mordant de Monsieur de Voltaire. Le grand homme aurait pleuré, lui, car il était d'une ridicule sensibilité aux malheurs humains ».
Guillaume: Catherine, je crois qu'à notre époque aussi, Voltaire pleurerait...

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