Garry Kasparov en sait quelque chose. Depuis qu’il a quitté les échiquiers pour affronter Vladimir Poutine sur le terrain politique, l’ancien champion vit avec une menace permanente. Le 1er octobre dernier, il a affirmé avoir été averti par des services de sécurité américains et lituaniens que sa vie était en danger. Chez lui, la notoriété n’est plus seulement un capital : elle devient un risque. Parce qu’il parle, parce qu’il accuse, parce qu’il refuse l’effacement, Kasparov continue d’occuper le devant de la scène. Son autorité vient précisément de cette obstination.
À quelques centaines de kilomètres de là, autre foule, autre pouvoir. À la fin du mois dernier, Léon XIV s'est rendu en France. De Paris à Lourdes, puis à Metz : les rues pleines de monde, les téléphones levés, les enfants tendus au-dessus des barrières et le prénom du pape scandé comme celui d’une vedette. Des images d'un grand enthousiasme. Une « Léonmania » qui dépasse le seul cadre religieux. Dans une époque où les institutions traditionnelles peinent souvent à susciter l’enthousiasme, le pape rappelle que certaines figures peuvent encore produire de la ferveur collective. Et un discours politique respecté.
Mais la lumière publique brûle aussi parfois ceux qu’elle éclaire de pleins feux. Jordan Bardella le découvre à son tour lorsque des accusations concernant des propos antisémites qu’il a tenus dans sa jeunesse, selon le site Mediapart, viennent percuter l’image soigneusement façonnée par le dirigeant de l’extrême droite. Lui conteste les faits. Mais dans l’espace médiatique contemporain, la dissimulation ouvre une brèche difficilement refermable : que reste-t-il du personnage présent lorsque le passé numérique revient cogner à la porte ?
Et puis il y a Thélyson Orélien, pris dans une crise d’un genre nouveau. Ici, ce n’est plus seulement la morale de l’auteur qui est interrogée, mais jusqu’à l’auteur lui-même. Son livre a-t-il vraiment été écrit par celui dont le nom figure sur la couverture ? L’intelligence artificielle bouleverse ainsi l’une des dernières certitudes du monde littéraire : derrière un roman, il y aurait nécessairement une voix, une main, une expérience humaine. En retirant l’ouvrage de sa liste, les jurés du fameux prix Goncourt ne sanctionnent pas seulement un soupçon : ils révèlent le vertige d’une époque où même la création doit désormais prouver son authenticité.
Derrière ces quatre histoires se joue finalement une même bataille. Celle de la confiance. Car aujourd’hui, être visible ne suffit plus. Encore faut-il convaincre que cette visibilité est méritée, que la parole est authentique, que l’autorité est légitime… et parfois accepter d’en payer le prix.
Il a été le champion du monde des échecs pendant vingt ans avant de passer à la politique. Et de critiquer le régime de Poutine. Et c’est lui désormais qui devient une cible pour Moscou.
Il a cinq gardes du corps, ne voyage plus jamais avec Aeroflot et refuse systématiquement de trinquer avec des inconnus. Garry Kasparov sait depuis longtemps que son opposition au Kremlin est une activité à risque. Mais, mercredi 1er octobre, l’ancien champion du monde d’échecs a donné à cette menace une dimension plus concrète : les services de sécurité américains et lituaniens l’ont averti que sa vie était « en danger » , et ils lui ont recommandé de prendre des précautions. Pour lui et sa famille. Pas de quoi, assure-t-il, le faire taire : « Je ne m’arrêterai pas et je ne me cacherai pas, même si je pensais que cela était possible. Je crois que la meilleure défense, c’est l’attaque », a-t-il écrit, le 30 septembre, sur le site Thenextmove.org. Et il sait de quoi il parle.
Avant de défier Vladimir Poutine, Kasparov a passé deux décennies à mettre ses adversaires échec et mat. Né à Bakou en 1963 d’un père juif russe et d’une mère arménienne du Haut-Karabagh, il se met aux échecs à cinq ans. Prodige soviétique, il devient, à 22 ans, le plus jeune champion du monde d’échecs de l’histoire en 1985. Face à son éternel rival Anatoli Karpov, il impose un jeu offensif, agressif, presque
La scène s’est à nouveau répétée. Après Paris et Lourdes, Metz a eu droit, elle aussi, à sa séquence de « Léonmania » : foules massées derrière les barrières, nourrissons tendus à bout de bras vers la papamobile, applaudissements et des « Léon ! Léon ! » scandés par les plus jeunes. Au quatrième et dernier jour de sa visite en France, qui s’est déroulée du 25 au 28 septembre, le pape américain, en véritable pop star, a rempli les rues. Mais sa journée à Metz n’était pas seulement pastorale. Après les rencontres interreligieuses et avant la messe, Léon XIV a surtout rappelé qu’il est aussi… chef d’État.
C’est dans cette ville lorraine, marquée par les guerres franco-allemandes, aux portes du Luxembourg et de l’Allemagne, que le pape avait choisi de prononcer l’un des discours les plus attendus de son voyage. Au Centre des Congrès Robert-Schuman, lors d’une rencontre intitulée Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité, il s’est placé dans les pas de l’un des pères fondateurs de l’Europe.
« Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? », a-t-il demandé. Sa réponse tient en quelques mots : « Tout d’abord, un profond désir de paix ». Pas
C’est le genre de dossier qui tombe au pire moment. À sept mois de la présidentielle, alors que la leader de l’extrême droite, Marine Le Pen, domine largement les intentions de vote, son parti, le Rassemblement national, se retrouve plongé dans une tempête dont il se serait volontiers passé. Au centre : Jordan Bardella, son président et possible futur premier ministre, en cas de victoire de Le Pen.
Le 28 septembre, le site d’investigation Mediapart publie une enquête explosive. Le média affirme avoir retrouvé des conversations privées datant des débuts politiques de Bardella, alors jeune militant du Front national. Des messages antisémites et complotistes lui sont attribués entre 2013 – il avait alors 18 ans - et 2015. Le journal dit s’appuyer sur de nombreuses conversations, recoupées et authentifiées, et décrit des écrits relevant d’un « antisémitisme obsessionnel ». Bardella, lui, nie catégoriquement et dénonce des « faux grossiers ».
Depuis, la riposte tourne à la bataille rangée. Le président du RN a d’abord porté plainte contre Mediapart en diffamation, avant de dénoncer un début de « guerre totale » contre son parti, ainsi qu’une tentative de déstabilisation de la campagne pré
La sanction est tombée. Impitoyable. Le vendredi 25 septembre, la très respectée Académie Goncourt a retiré de sa première sélection pour le prix le plus prestigieux de la littérature française le roman de l’écrivain québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien, C'était ça ou mourir. Un choix « dicté par la volonté de préserver l'intégrité du prix », a écrit l’institution dans un communiqué. Un refus surtout de primer un ouvrage qui est « selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle », justifie-t-on.
En réalité, personne ne s’attendait à ce coup d’éclat. Depuis sa sortie, le 19 août, le premier livre du Canado-Haïtien est l’un des phénomènes de cette rentrée littéraire. Ce texte, qui parcourt les chemins de l’exil des Caraïbes au Canada en passant par l’Amérique du Sud, a reçu en septembre le prix du Roman Fnac et figurait en bonne place sur la liste des grands prix littéraires.
À la mi-septembre, environ 35.000 exemplaires étaient déjà écoulés. Puis… patatrac… Un compte X anonyme – Balance ton Claude – vient casser la belle machine. Le 21 septembre, le message accuse Thélyson Orélien d’avoir largement utilisé une intelligence artificielle p