Prenez l’Europe, par exemple. Sous l’impulsion d’eurodéputés de la droite dure et de l’extrême droite, les instances dirigeantes de Bruxelles ont avalisé un net durcissement de la politique migratoire. Désormais, les sans-papiers pourront être directement refoulés, les déboutés du droit d’asile parqués dans des centres, délocalisés dans des pays peu scrupuleux du respect des droits humains. Les plus durs se réjouissent de cette nouvelle réglementation. Que dit la majorité silencieuse de cette dérive musclée ?
En France, le danger n’est pas moindre de voir l’État de droit s'affaiblir. Les deux principales figures du Rassemblement national, Marine Le Pen et Jordan Bardella, rivalisent chaque jour davantage pour représenter l’extrême droite à la présidentielle de l’an prochain. On pourrait sourire de cette concurrence croissante, imaginer même qu’ils vont se détruire l’un l’autre. Hélas, ce n’est pas le scénario qui se profile. Bardella est donné en tête des intentions de vote au premier tour. Il est talonné par Le Pen. Si rien ne change d’ici là, l’Hexagone aura quitté le club des grandes démocraties d’ici un an.
Face à ces évolutions, la figure de Charles de Gaulle rappelle qu'il existe aussi une autre tradition politique : celle de la résistance à la tyrannie, du refus de la soumission aux dictatures. En juin 1940, lorsque Paris s’est couché devant Berlin, ouvrant la voie à la collaboration avec le régime nazi, le général s’est battu pour montrer qu’une autre France existait. De Gaulle est notre honneur. Un film en deux volets vient de sortir en salle. Les critiques sont dithyrambiques, ce qui en dit long sur notre besoin de renouer avec les valeurs des droits de l’homme.
Quant à l’auteure de bande dessinée Marjane Satrapi, sa vie tout entière a été un combat contre la dictature, l'obscurantisme et la confiscation des libertés individuelles. Cette Franco-Iranienne n’a eu de cesse de dénoncer l'oppression du régime iranien, notamment dans sa première BD connue : Persepolis. Marjane vient de nous quitter. À 56 ans. Morte de chagrin après la disparition prématurée de son mari. La littérature et le cinéma perdent une voix libre et courageuse.
De liberté, il n’est plus vraiment question pour de nombreux migrants en Europe. Après de nombreuses discussions, les Vingt-Sept viennent de conclure un accord pour expulser plus facilement les personnes en situation irrégulière. N’est-ce qu’un début ?
Lundi 1er juin au soir, après des heures de négociations à Bruxelles, ils ont fini par se mettre d’accord. Les États membres, le Parlement européen et la Commission européenne sont finalement parvenus à un compromis sur la politique migratoire. Une chose est certaine : elle va se durcir. Voté par les eurodéputés de droite et d’extrême droite, le 9 mai, un nouveau règlement, appelé « Retour », renforce la répression contre les migrants illégaux et facilite leur expulsion hors de l’Union.
On est souvent trahi par les siens. C’est sans doute le sentiment qui doit habiter Marine Le Pen. Pendant des années, la patronne du Rassemblement national a façonné Jordan Bardella, l’a propulsé au sommet du parti et en a fait son héritier naturel. Mais à mesure que l’échéance présidentielle de 2027 approche, le dauphin semble peu disposé à rester dans l’ombre de son mentor.
Le 28 mai, sur la chaîne de télé LCI, Bardella a donné un aperçu de cette émancipation. À plusieurs reprises, Bardella, qui est actuellement le président du Rassemblement national, a défendu une position sur les retraites en totale contradiction avec la ligne officielle du mouvement. Là où le programme du parti d’extrême droite promet un départ à 62 ans, voire à 60 ans pour certains, Bardella a dit préférer la suppression d’un âge minimum pour cesser le travail. Une sortie inattendue, d’autant plus remarquée que Marine Le Pen avait elle-même réaffirmé quelques jours auparavant l’engagement historique du RN sur cette question. Plus qu’une divergence technique, l’épisode ressemble à une démonstration d’autonomie. Une façon de montrer que la parole du parti ne passe plus exclusivement par Marine Le Pen.
La concurre
Juin 1940. La France capitule. Les armées allemandes déferlent, le gouvernement se résigne, l’armistice est signé. Dans ce paysage de défaite, seul un homme refuse de se soumettre. Général quasi inconnu, Charles de Gaulle, interprété par l’excellent Simon Abkarian, s’envole vers Londres avec une conviction qui paraît délirante : la guerre n’est pas terminée. Il n’a pas d’armée, de territoire, de soutien. Et pourtant, il essaie de convaincre Winston Churchill que la France peut encore se battre. C’est cette aventure improbable, faite d’obstination, de solitude et d’audace, ces quatre années durant lesquelles de Gaulle passe du statut d’officier marginal à celui d’incarnation de la France libre, qu’Antonin Baudry raconte dans La bataille de Gaulle. Un diptyque de cinq heures dont le premier volet, L'âge de fer, est sorti le 3 juin. Il sera suivi, le 3 juillet, par J’écris ton nom.
L’ambition de ce projet impressionne, elle est pourtant à la mesure du réalisateur. Pendant six ans, Antonin Baudry s’est consacré à cette entreprise monumentale, nourrie par la biographie du général écrite par l'historien britannique Julian Jackson, parue en 2019 : De Gaulle. Une certaine idée de la France.
Marjane Satrapi avait l’allure des femmes que rien ne semble pouvoir abattre. Un regard noir incandescent, une voix râpeuse usée par les cigarettes, un débit rapide comme une rafale. Elle avançait avec une énergie brute, forgée par l’exil, les deuils et les combats. Toujours debout. Toujours en mouvement. Jusqu’à ce que la tristesse finisse par l’emporter. L’autrice de bandes dessinées est morte à 56 ans, le 4 juin dernier. Un peu plus d’un an après la disparition de Mattias Ripa, son mari. « L’amour de sa vie », comme ses proches l'ont écrit dans un communiqué repris par Le Monde. Une disparition qui laisse abasourdis ses proches, les Français et une partie de l’Iran.
Car Marjane Satrapi était devenue bien davantage qu’une dessinatrice ou une réalisatrice : elle était une voix talentueuse. Une voix qui porte. Elle avait explosé au début des années 2000 avec sa BD Persepolis, publiée en quatre tomes entre 2000 et 2003. Dans ce récit autobiographique en noir et blanc, elle racontait l’enfance d’une petite fille confrontée à la révolution islamique, à la guerre et à l’exil en France. Il ne s’agissait pas d’un manifeste, mais d’une histoire intime. La sienne. Pourtant, des millions de