Une littérature, une planète, une histoire, une langue etc., il y a ce dont on hérite et ce que l’on décide d’en faire. Chaque génération reçoit un savoir de la précédente, avec la responsabilité, plus ou moins assumée, de le conserver, de le transformer et, un jour, de le faire passer à son tour. Ce passage de témoin paraît évident. Il nécessite pourtant des efforts, comme en témoignent les histoires dont nous allons parler cette semaine. Car pour transmettre, encore faut-il choisir de ne pas oublier.
Au Québec, cette transmission se porte plutôt bien. Alors que s’ouvre la rentrée littéraire, les auteurs québécois de langue française rencontrent un succès qui dépasse largement les frontières de la province. Cette littérature, longtemps regardée depuis la France comme anecdotique, affirme aujourd’hui sa singularité et sa manière bien à elle de raconter le monde. Ces succès éditoriaux doivent aussi beaucoup à la volonté et aux moyens mis en place par le gouvernement du Québec, bien décidé à faire perdurer son identité.
Mais transmettre suppose aussi de penser à ceux qui viendront après. Après un été marqué par les canicules,les sécheresses et les incendies, le réchauffement climatique devrait logiquement s’imposer au cœur du débat politique français. Pourtant, à l’approche de l’élection présidentielle, les candidats semblent avoir relégué l’urgence écologique au second plan. Ils n’en parlent pas, ou à peine. Un sujet trop clivant électoralement, des solutions trop radicales à mettre en place. Même le gouvernement est aux abonnés absents. Mais à ce rythme-là, que comptent-ils léguer aux générations suivantes ?
Il est aussi des héritages que l’on doit perpétuer pour que le fameux « Plus jamais ça ! » prenne enfin tout son sens. En 1987, à Lyon, des centaines de jeunes assistaient au procès de Klaus Barbie, l’ancien chef de la Gestapo de cette ville, qui y a été jugé pour crimes contre l’humanité. Ces adolescents étaient parfois à peine conscients de la portée historique de ces audiences. Aujourd’hui, deux historiens lancent un appel pour les retrouver. Le but ? Garder une mémoire vivante de cette terrible période alors que les derniers témoins directs sont en train de nous quitter.
Enfin, il existe une transmission au jour le jour, presque obstinée : celle d’une langue. En Bretagne, le breton a longtemps été combattu, notamment à l’école, au nom de l’unification linguistique du pays. Il aurait pu disparaître. Pourtant, chaque matin, à Radio Kreiz Breizh, des journalistes prennent le micro et racontent le monde dans l’idiome de leurs ancêtres. Si cette radio associative existe, si ces voix continuent de résonner, c’est parce que certains refusent de regarder disparaître une part de leur culture. Car une langue se mémorise d’abord en la parlant. Et quoi de mieux, pour léguer des mots aux générations suivantes, que de continuer à les faire vivre ?
Faire vivre les mots, c’est ce que font les auteurs de langue française du Québec. Ils connaissent un succès croissant dans leur pays et au-delà. Voici pourquoi.
Ils s’appellent Laura-Éve Lambert, Éric Chacour, Gabrielle Filteau-Chiba, Dominique Fortier ou Sébastien Dulude. À Montréal, leur rentrée littéraire s’annonce particulièrement réussie : leurs livres circulent, séduisent les critiques et trouvent leur public. Chez eux au Québec mais aussi en France. Une petite révolution pour une littérature longtemps regardée depuis Paris avec cette condescendance polie réservée aux cousins que l’on dédaigne un peu. Une victoire considérable pour cette province canadienne qui se bat depuis des décennies pour maintenir son identité. Via, entre autres, sa littérature.
Comme le constate Le Monde dans un long reportage, le Québec littéraire revient de loin. En France, on a longtemps caricaturé le québécois. On se moquait de cet accent jugé, dans le meilleur des cas, « amusant », de ses expressions pittoresques souvent d’origine paysanne, de ses mots de vieux françois dont on ignore parfois ce qu’ils signifient. Longtemps, le Québécois a suscité plus de curiosité que de compréhension, plus de rires que d’admiration et ses écrivains en ont évidemment pâti. Cette époque semble révolue. Une nouvelle génération d’auteurs est parvenue à s’imposer des deux cô
Et un de plus ! Raphaël Glucksmann a profité du journal télévisé du 23 août pour annoncer sa candidature à la présidentielle… qui compte déjà plus de trente postulants. Deux jours après son officialisation, le social-démocrate part sur le terrain parler écologie. Il est bien le seul. Pourtant, ces derniers mois, la France a subi des chaleurs extrêmes, une sécheresse historique et des incendies dévastateurs. L’été 2026 a été le plus meurtrier depuis 2003. On aurait pu légitimement attendre que les candidats à diriger le pays en disent un mot. Mais non, rien !
La classe politique semble déconnectée, comme si cette période estivale n’avait été qu’un mauvais moment à passer. Aucun postulant n’a de vraies solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et s’adapter au réchauffement climatique. La raison ? C’est Bruno Villalba, professeur de sciences politiques à AgroParisTech, qui la donne dans Le Monde : « Cela demande une certaine forme de courage, car il faudra assumer des décisions nécessairement impopulaires. »
Du coup, personne ne bouge. À l’extrême droite, Marine Le Pen n’a rien d’autre à proposer qu’un énième plan climatisation. Bruno Retailleau, chef des Républica
Elle n’a rien oublié. Ni le silence de la salle, ni les récits de torture, ni cette tension qui, trente-neuf ans plus tard, semble intacte. Rachel Mignard avait 17 ans lorsqu’elle poussa, le 22 mai 1987, les portes du palais de justice de Lyon pour assister au procès de Klaus Barbie.
L’ancien chef de la Gestapo lyonnaise, surnommé le « boucher de Lyon », comparaissait pour crimes contre l’humanité, une première en France. Responsable d’arrestations — notamment celle du grand résistant Jean Moulin — de la rafle des enfants d’Izieu, de tortures et de déportations de quelque 14 000 personnes, Barbie avait trouvé refuge après-guerre en Bolivie. Extradé en 1983, il sera condamné quatre ans plus tard à la réclusion criminelle à perpétuité .
L’historien Stéphane Nivet et l’avocat lyonnais Alain Jakubowicz veulent aujourd’hui retrouver les jeunes témoins de ce procès. Pour son quarantième anniversaire, le 4 juillet 2027, ils ont lancé un appel afin d’identifier les lycéens qui assistèrent aux audiences. L’idée : les réunir, recueillir leurs souvenirs et mesurer ce que cette confrontation avec l’Histoire a laissé en eux.
Pour Rachel Mignard, la réponse ne fait pas de doute. Ce 22 mai, elle en
Au début du XXe siècle, l’école de la République ne plaisantait pas avec le breton. Dans les classes, parler cette langue plutôt que le français valait punition, humiliation, parfois même un morceau de ruban adhésif sur la bouche. Une politique brutale qui n’a pourtant jamais réussi à faire taire cette langue celtique, cousine du gallois et du cornique.
Juillet 2026, Rostrenen. La porte du studio est fermée. « On air – Peoc’h ba’l loch », prévient une pancarte. Il est 8 heures et Radio Kreiz Breizh (RKB) ouvre son journal. Au micro, un sénateur des Côtes-d’Armor évoque les réserves d’eau inquiétantes après des semaines de sécheresse. L’interview terminée, l’élu sourit : « J’ai grandi en breton. Je ne parle pas le breton littéraire, mais je pense dans cette langue. C’est important d’avoir des lieux pour l’exprimer », dit-il au Monde.
RKB est justement l’un de ces lieux. Une aventure née en 1983, dans l’effervescence des radios libres. Mais avant les micros, il y eut les cassettes. Kazetenn ar Vro Plinn, journal sonore en breton vendu par abonnement, racontait la vie des campagnes du Centre-Bretagne. En deux ans, quelque 50 000 cassettes ont circulé.
Puis vient la radio. À Saint-Nicodèm