Berlin, ou la création d’une mosquée ouverte à tous
C'est une nouvelle qui m'a vraiment laissée sans voix tant les attentats semblaient avoir fait taire les gens de bonne volonté. Les modérés, les ouverts sur le monde. Bien sûr, je savais que quelques mosquées libérales avaient vu le jour aux États-Unis, à Londres ou en Suisse… mais en Allemagne, alors ça, je n'en reviens toujours pas. Ce pays compte quatre millions de musulmans, majoritairement venus de Turquie. La plupart sont extrêmement conservateurs et plus pro-Erdogan que jamais. Alors qu'un lieu de prière ouvert aux sunnites, aux chiites, aux alévis, aux soufis, aux femmes et aux hommes, mais aussi aux gays, lesbiennes et transsexuels puisse ouvrir à Berlin me laisse pantoise. Plus fort encore, c'est que l'on doit cette initiative à une femme, une Germano-turque, appelée Seyran Ates.
Alexeï Navalny : L'homme qui parlait à l'oreille des jeunes...
Ils portent des jeans et des baskets, se tiennent par la main et avancent en direction du Kremlin. Autant qu'ils le peuvent. Face à eux, la police fait barrage. Ces policiers anti-émeutes protègent le pouvoir russe et ses symboles. Ils appellent à la dispersion. Une fois, deux fois, trois fois… La foule d'adolescents et de jeunes adultes reste stoïque, elle refuse d'obtempérer. Elle n'a pas peur. Filles, garçons, copains de fac, de lycée ou de collège. Ils ne sont pourtant qu'un petit millier à Moscou, en ce 12 juin, à dire « non » à la corruption, « non » à un nouveau mandat de Poutine. Mais ils sont dix fois plus dans le pays à avoir répondu à l'appel de leur leader, Alexeï Navalny. Au moment où ils manifestent, ils ne savent pas encore que le principal chef de l'opposition, et organisateur de cette protestation, a été arrêté dans le hall d’entrée de son domicile. Il s’apprêtait à rejoindre ses soutiens qui, à Moscou et dans près de 200 villes du pays, tentent de se mobiliser contre le régime.
Les appels de la police se renouvellent. Puis, elle charge et arrête ces jeunes. Au total, 1.720 personnes seront interpellées sur le territoire. Les peines d'emprisonnement seront prono
Les avantages à servir la République
Ouvrez bien vos oreilles et imaginez que nous sommes le 13 juin au soir. Vous êtes Français et regardez l'émission « C à vous », sur France 5, l'une des chaînes de télévision publique. Vous vous ennuyez un peu, une sorte de ras-le-bol de la politique, quand, tout à coup, une scène incroyable vous réveille. Henri Guaino, plume de l'ancien président Nicolas Sarkozy et candidat malheureux à Paris, insulte les habitants de la 2e circonscription. Il s'en prend, je cite, à tous « ces gens qui n'en ont rien à faire des autres, qui ne se sentent aucun devoir vis-à-vis des autres....». Il dit viser François Fillon et, je cite à nouveau, « les gens qui vont à la messe et qui votent pour un monsieur qui, pendant trente ans, s'est arrangé ». On est à la limite de la diffamation, c'est ahurissant. Puis, ce haut fonctionnaire plutôt chic réitère sa phrase choc du dimanche 11 juin, après sa défaite. Et bien oui, les Parisiens de la 2e circonscription sont des « bobos » et des « pétainistes » « à vomir ».
Dingue ! Alors juste parce qu'ils n'ont pas voté pour lui, ces Français sont des collabos ? Aussi méprisables que ceux qui ont travaillé avec le IIIe Reich pendant la seconde guerre mondiale ?
Marine Le Pen : une victoire très amère
Marine Le Pen a le sourire. En campagne pour le second tour des élections législatives, elle se promène, détendue, sur le marché de sa ville : Hénin-Beaumont, une cité sinistrée et populaire du nord de la France. Les habitants l'adorent et les compliments fusent. « Vous êtes encore plus belle qu'à la télévision », peut-on entendre de Héninois qui croisent sa route. « Vous êtes chaleureuse, madame Le Pen », ose même un jeune homme d'origine maghrébine, casquette Nike et baskets aux pieds, avant de réclamer un « selfie » avec la cheffe de l'extrême droite. « Je peux en faire 500 en une journée. Je n'en refuse jamais », dit la candidate aux anges. Et pour cause : elle sait qu'elle a toutes les chances de faire son entrée à l'Assemblée nationale. Mais cette victoire personnelle ne cache pas l'ampleur du désastre.
D'abord, ces élections législatives sont une catastrophe au niveau national. Alors que certains s'imaginaient déjà députés, ils ne seront que huit à siéger. Pas suffisant pour constituer un groupe, ni pour peser. Le responsable de la déroute ? L'abstention, paraît-il. 57 % des électeurs frontistes du premier tour de la présidentielle ne se sont pas déplacés. Exaspérés de se
Des clichés sur nos clichés, ou de la beauté de la marginalité
« Ed van der Elsken, la vie folle ». La. Vie. Folle. S'il vous plaît, prenez deux minutes et réfléchissez à cette expression. C'est, certes, le titre d’une exposition consacrée à ce photographe néerlandais, qui a lieu dans le magnifique musée du Jeu de Paume, à Paris, du 13 juin au 24 septembre. Mais c'est bien plus encore. La vie folle est une invitation au voyage dans ces années 50-60-70 où la folie était célébrée pour ce qu'elle est aussi : un gage de liberté, de créativité, d'originalité assumée... À des années lumières du monde 2.0 étriqué et codifié que l'on nous impose aujourd'hui, loin de cette mondialisation qui efface les spécificités des lieux et des personnes. Ces photos m’apparaissent comme une respiration, un moment de nostalgie.
Je voudrais vous dire quelques mots de ce focus fait sur le Paris des années 50, date à laquelle l'artiste traînait dans les quartiers bohèmes et, parfois, mal famés de la capitale. Il en dresse une chronique sombre, où des couples s'étreignent, des jeunes s'amusent jusqu'à l'aube, ils s'oublient aussi dans la drogue et les discussions sans fin. Parfois, van der Elsken met en scène des icônes comme Valy Milers, une Australienne exilée à Pa