Retour de « Le grand échiquier »
1 August 2018
Je m'en souviens comme si c'était hier. Pour l'occasion, mon père rentrait toujours plus tôt à la maison. Nous, les enfants, avions déjà dîné et tentions vainement d'étirer la soirée en longueur, reculant le moment où nous devrions aller nous coucher. À 20h15 pourtant, nos protestations ne bénéficiaient plus d'aucun délai de grâce. Nous devions aller dans notre chambre, éteindre la lumière et dormir. Ou du moins rester calmes. Car à 20h30, mes parents installés devant la télé ne toléraient plus le moindre bruit : ils regardaient Le grand échiquier. L'émission mensuelle diffusée pendant dix-huit ans à partir de 1972, durait entre trois et cinq heures et elle passionnait la grande majorité des Français. Curieuse, il m'arrivait subrepticement de me glisser derrière la porte entrouverte du salon pour voir ce qui captivait tant mes parents. Ma déception était généralement à la hauteur du risque que j'avais pris : énorme. Dans cette lucarne, on y voyait en effet un homme, Jacques Chancel, présenter un invité prestigieux, essentiellement du monde de la culture. La star de la soirée était interviewée longuement, sans que ses propos soient coupés chaque deux minutes. Puis l’invité chantait