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En Inde, a lieu en ce moment le plus grand rassemblement religieux du monde.

Kumbh Mela : le plus grand pèlerinage du monde

Depuis le 15 janvier et jusqu'au 4 mars, des millions de pèlerins hindous convergent vers la ville d'Allahabad dans l'Uttar Pradesh. Cette ville sainte, récemment rebaptisée Prayagraj par les nationalistes hindous au pouvoir dans cet État, se trouve à la confluence de trois fleuves : le Gange, la Yamuna et la mythologique Sarasvati. Les pèlerins viennent s'immerger dans ces eaux sacrées afin, si l'on en croit la tradition, de « se libérer du cycle terrestre vicieux de la vie et de la mort, en avançant vers le royaume céleste, qui ne connaît ni douleur ni souffrance ».

La Kumbh Mela, qui se déroule tous les trois ans à tour de rôle dans quatre lieux saints, devrait accueillir cette année entre 120 et 140 millions de pèlerins, un record.

Sur une superficie de 3 200 hectares, des dizaines de milliers de tentes ont été érigées pour héberger cette foule, 120 000 toilettes ont été installées, 20 000 policiers et 11 400 éboueurs recrutés et vingt-deux ponts flottants, tendus entre les rives du Gange.

Selon Le Monde, qui lui a consacré un long article le 9 janvier, le budget de cet événement s'élève à 42,4 milliards de roupies, soit environ 600 millions de dollars, le triple de ce qu'avait coûté la grande Kumbh Mela de 2013.

C'est qu'il coïncide cette année avec les élections générales qui se tiendront dans quatre mois.

Le BJP (Parti du peuple indien), parti nationaliste et fondamentaliste réputé pour son intolérance et qui est aussi le parti du Premier ministre Narendra Modi, voit dans le pèlerinage une opportunité idéale pour sa campagne électorale : il a pris en charge son financement et son organisation et n'a pas regardé à la dépense. L'hébergement en abondance, y compris des logements de luxe, et l'amélioration de la sécurité, de l'hygiène et des services ont pour but d'attirer, au-delà de l'immense population rurale, la classe moyenne, les Indiens expatriés et les touristes.

La différence n'a pas échappé aux sadhus, les ascètes qui traditionnellement étaient la principale attraction du festival : dans le passé, les fidèles venaient écouter le gourou et partager sa tente moyennant un don pour l'hébergement et la nourriture.

Cette année, beaucoup de sadhus font les frais du progrès : leurs tentes restent vides.

Entretemps, il y a à peine quatre mois, dans l'État du Kérala, des fondamentalistes hindous ouvertement soutenus par le BJP étaient engagés dans des affrontements violents pour empêcher, à l'encontre d'un jugement récent de la cour suprême, l'accès des femmes au sanctuaire de Sabarimala.